Entretien avec Marc Sauerbrey

La voix des membres

Mars 2021

Chaque trimestre, nous donnons la parole à un membre de l’AGIT pour témoigner de l’engagement de nos adhérents. Marc Sauerbrey a développé une forte conscience environnementale au fil d’une carrière de plus de 20 ans dans le secteur du numérique, en passant par de grandes entreprises comme Capgemini et Microsoft. En 2020, il a fondé sa société de conseil GreenSwitch pour promouvoir une IT raisonnée et accélérer la montée en compétences des entreprises du secteur. Son rêve ? Que les acteurs du numérique s’alignent sur la trajectoire de l'Accord de Paris. Découvrez son parcours et toutes ses initiatives pour un numérique plus responsable dans notre entretien du mois de mars.

AGIT: Pouvez-vous vous présenter ?


MS: Je suis Marc Sauerbrey, j’ai passé toute ma carrière dans le secteur du numérique, sur des fonctions commerciales, soit au sein d’ESN comme Capgemini, ou Micropole, ou chez des éditeurs, notamment Microsoft où j’ai travaillé pendant 9 ans. Je vis entre Paris et les Hautes Pyrénées, où nous avons profité d’une pause entre 2confinements pour nous exiler, afin de vivre dans un environnement plus proche de la nature (et moins encombré aux heures de pointe !). Cette proximité des grands espaces que sont les montagnes des Pyrénées, avec un mode de vie plus « simple », me conforte dans ma conviction que la fuite en avant« technologique » n’est pas LA solution pour résoudre nos problèmes environnementaux. Mettre de la sobriété, de la simplicité, savoir se contenter de ce que la nature offre de plus merveilleux est aussi une formidable source d’apaisement
 
AGIT: Qu’est-ce qui a déclenché votre prise de conscience sur la nécessité d’un numérique plus responsable ?

MS: Mon engagement écologique ne date pas d’hier, et j’ai toujours considéré que les dommages que nous causions à notre planète étaient absolument hallucinant, au regard des bénéfices. Comme beaucoup de français, cette conscience est devenue une valeur fondamentale à l’occasion de la Cop21 et du magnifique film de Cyril Dion« Demain », donc en 2015.
 
Dans la même année j’ai eu l’occasion de visiter l’un des plus grand Data Center au monde, celui de Microsoft Azure dans la région de Seattle. La démesure des moyens employés (des milliers de mètres carrés de béton hébergeant de milliers de serveurs alimentés 24/7, et reliés par des centaines de Km de câbles, avec une dizaine de générateurs électriques alimentés en diesel pour assurer un SLA de99,99 ….) m’ont à la fois émerveillés (ca c’est pour mon côté geek) mais aussi fortement interpelés : c’est donc cela qui se cache derrière le doux nom de« Cloud » : une atteinte irréversible à la biodiversité locale et des émissions de GES insoutenables sur le long terme (pour mémoire Microsoft« pèse » environ 17 millions de tonnes de CO2 par an…) .
 
De ce jour-là, à chaque fois que je vendais une solutions Cloud, je repensais aux dizaines de serveurs qui allait falloir installer. C’est ce qu’on appelle une belle dissonance collective !
 
AGIT: Pouvez-vous nous parler de vos projets et initiatives dans ce sens ?

MS: J’ai monté fin2020 une structure de conseil, Green Switch, dont la vocation première est d’accompagner les acteurs du numérique à prendre conscience de ces enjeux environnementaux et à promouvoir une IT raisonnée.

En premier lieu il me parait important de sensibiliser les comités de direction de ces acteurs, puis les collaborateurs. Pour cela j’anime des workshops avec des outils comme la Fresque du Climat, l’atelier Green IT de l’INR etc … J’essaye toujours de positionner le discours « transition » comme une opportunité, car encore trop de dirigeants voient cela comme une contrainte.

Ensuite je réalise le bilan carbone de la structure, qui sert de point de départ pour fixer des objectifs de réduction des émissions sur lequel nous bâtissons le plan d’actions.

Enfin je propose l’animation de réseaux d’ambassadeurs internes qui devront faire vivre le projet de la transition a long terme, car le chemin est long
 
Mon rêve est que tous les acteurs du numérique s’alignent sur la trajectoire des accords de Paris, seule solution pour éviter le pire d’ici 30 ans. Pour cela il faut des jalons a court, moyen et long terme. Un objectif ambitieux mais atteignable est de viser -40 % d’émissions dans la décennie qui vient.
 
 
AGIT: Quels premiers conseils donneriez-vous à une entreprise qui souhaite se lancer dans une démarche de numérique responsable ?


MS: D’abord de bien comprendre de quoi on parle Je me souviens de l’époque, chez Microsoft, ou la première question d’un responsable IT était « mais quel est le poids CO2 d’une mail dans Office 365, si on supprime tous les mails alors on a résolu le problème ? » (Je caricature à peine…). Quand on sait que 60 % des impacts du numériques viennent des appareils, prendre le sujet avec le bon niveau de priorité me semble une bonne pratique.

Le plus grand risque pour le climat porté par le numérique est la ruée vers l’or de ce que l’on appel les objets connectés (IoT en bon français) soutenu par les promesses d’usage mirobolantes de la 5G. Est-ce que raisonnablement nous avons besoin d’une poêle à frire connectée pour savoir quand baisser le feu ?Je ne le sais pas, en revanche ce qui est certain c’est que la fabrication de la dite poêle à frire aura généré des tonnes de CO2 pour extraire les métaux rares nécessaire a tout appareil connecté…  Donc le premier conseil :questionnez toujours le rapport coût (environnemental) / bénéfices, et appliquez cette belle phrase « en ai-je vraiment besoin ? »
 
AGIT: Pourquoi avez-vous choisi de rejoindre l’Alliance Green IT ?

MS: Car il me semble que le sujet de l’impact du numérique commence à être entendu depuis 2 ans mais pas encore compris (ou intégré). Nous avons tellement basculé dans un monde« tout digital » que faire une pause pour se poser les bonnes questions devient compliqué (les débats sur le 5G de cet automne en sont un bon exemple). Rejoindre l’AGIT est un bon moyen de travailler en écosystème avec des acteurs engagés, pour influer la décision des structures privés et publics, sur ces sujets.
 
Partager sur