La voix de nos membres

Entretien avec Alain Tord

BL évolution

consultant RSE et numérique responsable

Juin 2020

Pour cette édition, nous avons souhaité vous partager un premier retour d’expérience sur le thème de la résilience du secteur du numérique. Face aux chocs économiques et sanitaires actuels, comment envisager sa résilience et comment celle-ci s’inscrit dans un engagement responsable de plus long-terme ? Alain TORD nous témoigne ici de la souplesse et de la capacité d’adaptation du cabinet de conseil en transition écologique BL évolution, ce qui n’a pas empêché certaines difficultés encore à dépasser. Ce premier témoignage s’inscrit dans une plus large série de conférences, tables rondes et articles que nous proposerons sur le sujet.

AGIT: Parlez-nous de votre entreprise..

A.T: Nous sommes un cabinet de conseil qui accompagne les organisations et les territoires dans l’identification, l’évaluation et la réduction de leurs impacts environnementaux et sociaux. BL évolution est en perspective de croissance, nos effectifs ont triplé en 2 ans. Nos méthodologies de travail sont basées sur des référentiels tels que les normes ISO (26000, 50001, 20121, 14001, 9001), la GRI, Plan Vert, Bilan Carbone, etc. Nous intervenons principalement sur les sujets suivants : RSE, ODD, énergie-climat, biodiversité, mobilités et innovation responsable. BL évolution propose également un panel de formations variées sur ces sujets.

AGIT: Le numérique est-il pour vous un outil de résilience face à la crise du Covid19 ?

A.T: Le numérique est en effet un levier de résilience puisque comme pour beaucoup, il nous a permis la poursuite de notre activité. Il est vrai que chez BL évolution, nous étions déjà prédisposés pour une organisation reposant essentiellement sur du travail à distance. Les métiers en prestation de services intellectuels sont très adaptés pour le télétravail. Nos outils de travail principaux sont des ordinateurs portables, smartphones, cahiers et un ensemble d’outils numériques accessibles en ligne. Avant cela, nous avions déjà une collaboratrice à 100% en télétravail basée à Lyon. Sinon, la moyenne était d’une journée par semaine, quand nous ne sommes pas en déplacement chez les clients. Nous avons donc pu nous adapter sans beaucoup de difficultés. Nous sommes habitués à la prise de décision à distance et cela n’a pas perturbé notre fonctionnement interne. Malgré cela, il est indéniable que tous nos salariés n’ont pas eu les mêmes conditions matérielles pour vivre le confinement. Nous avons par exemple noté que les personnes résidant à la campagne avaient mieux vécu cette expérience de télétravail à temps plein que les personnes en zone urbaine. Cela est moins tenable pour les citadins, il y a un équilibre à trouver.
 
 
AGIT: Quelles ont été les conséquences sur votre relation client ?

A.T: Les impacts sur notre relation client ont été variables. Nous avons pu assurer la continuité avec certains et pour d’autres le lien a été plus difficile à tenir (voire a été momentanément rompu). Je pense que ces ruptures de lien s’expliquent en partie par le fait que beaucoup d’organisations étaient déjà trop occupées à se réorganiser en interne. Ensuite, il est vrai que toutes les organisations n’ont pas la même réactivité technique dans l’adoption de nouveaux outils et leurs salariés la même appétence et maîtrise des outils de travail à distance. De manière générale, je dirais que c’est l’aspect commercial qui a été le plus impacté. Identifier des prospects a été bien plus compliqué qu’en temps normal. Nous avons également dû réaliser l’ensemble des auditions pour des appels d’offre en visioconférence. En revanche, le confinement a eu un effet collatéral positif : cela a été l’opportunité pour nous de prendre le temps de nous concentrer sur du travail de fond et d’accorder plus de temps à notre R&D et le déploiement de notre démarche RSE interne.

AGIT: Le contexte actuel a-t-il fait évoluer votre réflexion autour de l’engagement responsable de votre entreprise ?

Cette période a été un accélérateur pour notre démarche RSE interne. Nous avions amorcé des initiatives fin 2019 et nos groupes de travail ont été boosté par le confinement. Ce contexte nous a donné plus de temps disponible pour réfléchir sur ces sujets. La crise a par ailleurs été l’opportunité de resserrer les liens entre collègues. Cela a été en quelque sorte le corollaire de ce que nous expérimentions dans nos vies personnelles. Nous étions inquiets pour nos collègues, nous voulions savoir s’ils étaient en bonne santé. Nous avons pour cela organisé plusieurs apéritifs en visio et cela a été fédérateur. Il est intéressant d’ailleurs de noter que le numérique apporte dans ce cas une expérience sociale très différente. Dans une visio avec une dizaine de personnes, les échanges sont par exemple moins fluides et spontanés qu’en présentiel dans la mesure où il n’y a pas la possibilité de créer des sous-discussions. En bref il nous semble qu’à l’issue de ce qui arrive, nous pouvons envisager deux scénarios : un retour en arrière ou un bond en avant. Autrement, soit les grands groupes taillent dans les effectifs et budgets RSE pour limiter leurs pertes, comme cela a été le cas lors de l’éclatement de la crise des subprimes, soit, au contraire, ils envisagent la RSE et le numérique responsable comme une porte de sortie, et alors cela devient un accélérateur. Les prochains mois nous le diront.





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