Entretien avec Green Web

La voix des membres

Simon Cardon 

CEO Green web

Télécharger la publication
Avril 2025

C'est avec grand plaisir que nous vous présentons, dans notre newsletter d'avril 2025, une interview exclusive avec le fondateur de Green Web, une entreprise innovante dans le domaine du numérique responsable. À l'heure où la transition écologique numérique devient une nécessité, cette entreprise nous offre une perspective précieuse sur les solutions concrètes pour un web plus durable.

AGIT : Pouvez-vous nous présenter l'origine de Green Web et nous expliquer sa mission principale ?

Le projet Green Web est né il y a 10 ans à la suite d'une prise de conscience sur la pollution numérique. J'ai voulu mettre en place quelque chose pour agir, pour aller de l'avant, et à cette époque, là je n'avais pas trop de solution : alors, j'ai créé le blog Green Web. Ce blog est devenu une entreprise, il y a cinq ans et demi, quand j'ai commencé à trouver des solutions pour améliorer l'impact environnemental et sociétal du numérique. Déjà à cette époque, la mission de Green Web était de construire un Web plus européen, plus éthique, plus souverain, plus écologique, et surtout le rendre plus accessible. Je parle surtout de l'aspect économique.
 
La mission de Green Web, aujourd'hui est toujours la même, nous créons des solutions digitales éco Responsables, accessible au plus grand nombre, pour améliorer l'impact du numérique, plus particulièrement du digital. 

AGIT : Dans un contexte où le numérique responsable prend de l'ampleur, quels sont selon vous les enjeux majeurs qui motivent votre engagement dans ce domaine ?
 
Il y a 10 ans, le Numérique Responsable n'existait pas. Même parler de la pollution numérique n'était pas un sujet d'actualité. Je me souviens que personne ne comprenait ce que je cherchais à faire à cette époque en sensibilisant les gens, mes clients, mes interlocuteurs aux enjeux du numérique et à sa croissance perpétuelle. 

J'ai vu les choses changer à partir du COVID. Maintenant le sujet est sur la table, il est bon de voir que les choses avancent. C'est justement le fait que les progrès se mettent en place qui me motive tous les jours à avancer, plus loin, plus fort, avec de nouvelles solutions, plus ou moins innovantes, mais surtout à chercher à être le plus efficace possible dans cet objectif d'amélioration de l'impact.

AGIT : Quels sont les projets innovants que vous développez actuellement et quels impacts espérez-vous générer ?

Chez GreenWeb, nous avons actuellement trois projets de R&D :

  • Le premier, que nous avons mis en place il y a cinq ans, c'est DigitalForest : une solution d'hébergement web écologique, souveraine et éthique. Notre objectif a toujours été de produire les options les plus écologiques possible. Aujourd'hui, nous permettons à 600 clients de diviser par 5 leur impact environnemental par rapport à la moyenne des hébergeurs français. Pour ce faire, nous avons travaillé à concevoir nos propres serveurs sur la base de composants électroniques reconditionnés à 98%, alimentés en énergie renouvelable, refroidis de façon naturelle, et n'utilisant aucune eau. Il est bon de rappeler que le plus gros de l'impact environnemental du cloud, du moins pour la France, résulte de la fabrication des data centers, et notamment des serveurs, qui représente la majorité des impacts sur les ressources et les gaz à effet de serre.

  • Le deuxième projet se nomme Ecobuilder : il s'agit d'une solution pour concevoir un site web éco-conçu en no-code, sans compétences en création de site ou en éco-conception web. Il permet de diviser par 10 l'impact environnemental par rapport à la moyenne des sites web vitrines. Ce projet apporte des résultats concrets en termes de réduction d'impact, d'éco-conception web et d'accessibilité à de nouvelles compétences. Cette solution est déjà disponible pour les sites que nous réalisons pour les clients. Elle sera disponible au public via un générateur de sites à partir de mars 2025.

  • Le troisième projet sur lequel nous travaillons se nomme Green IT Impact. Il s'agit à la fois d'un outil de mesure d'impact environnemental du numérique, en analyse de cycle de vie dynamique, et d'un outil de facilitation du déploiement de stratégie numérique responsable en entreprise ou pour les collectivités. Ce projet révèle deux innovations majeures dans le numérique responsable : premièrement, l'aspect dynamique de l'analyse de cycle de vie des systèmes d'information ou d'un service numérique ; deuxièmement, une méthodologie et un outil digital qui simplifient drastiquement toutes les démarches pour avancer sur une stratégie numérique responsable. Les résultats sont flagrants en termes d'efficacité : en moyenne, nos clients réduisent leur impact de 40% et leur budget DSI de 30%.

AGIT : Dans votre organisation, comment imaginez-vous l'évolution vers un numérique plus éthique et durable ? Quels sont les principaux défis à relever ?

Aujourd'hui, nous sommes capables de produire un numérique plus éthique et plus durable. Les solutions existent. Le problème, c'est plutôt la compréhension auprès des clients potentiels. Je pense qu'il y a deux cas à soulever : le premier, certains clients engagés ne connaissent pas les solutions liées au numérique responsable, et notamment les nôtres; le deuxième, il faut continuer à sensibiliser le plus grand nombre aux impacts liés au numérique pour que la demande puisse évoluer vers quelque chose de plus vertueux.

Et je rajouterai un troisième point : il faut, pour aller plus vite, faire progresser la réglementation pour obliger les entreprises à appliquer des mesures environnementales et sociétales dans leurs actions. Aujourd'hui, on voit clairement que pour avancer d'un point de vue écologique, c'est surtout la réglementation qui fait bouger les lignes et apporte des résultats concrets.

AGIT : Plus globalement, quelles sont vos prévisions et perspectives concernant le développement du numérique responsable à l'horizon 2030 ?

Je pense que le numérique va se synchroniser en fonction de la situation géopolitique. Au-delà des aspects RSE, nous avons besoin de résilience et de robustesse en Europe. En gros, nous n'avons pas trop le choix que de faire évoluer nos pratiques liées aux technologies et à l'innovation, car nous avions trop de dépendance vis-à-vis d'acteurs extérieurs, sur lesquels nous ne sommes plus sûrs de pouvoir compter dans les années à venir.

Je pense donc que nous devons évoluer vers un numérique qui sera plus européen, qui portera nos valeurs, et qui se devra d'être plus éthique, plus souverain et plus écologique. L'Europe peut imposer des standards pour que les grandes entreprises s'y soumettent.

Je pense donc qu'il va y avoir beaucoup de changements d'ici 2030, portés par la réglementation et les changements de comportement. J'espère que ces changements iront dans le sens de ce qu'on cherche à mettre en place à travers le numérique responsable, qui a tous les atouts pour répondre aux enjeux en cours et à venir.

Partager sur