Interview WeeeDoIT

  La voix des membres  

  Jonathan Galoula  

  Founder et CEO  

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Septembre 2026

C'est avec grand plaisir que nous vous présentons une interview exclusive de Jonathan Galoula, CEO et fondateur de WeeeDoIT, entreprise spécialisée dans la gestion de fin de vie des équipements informatiques (ITAD).

Alors que le débat sur le numérique responsable se concentre surtout sur les usages et les data centers, la fabrication des équipements concentre l'essentiel des impacts. Et une fois le serveur débranché, personne ne sait vraiment à qui il appartient. Réemployer, reconditionner, effacer les données, tracer, recycler : Jonathan Galoula nous explique pourquoi la fin d'usage reste le maillon le moins piloté des organisations et comment passer d'une logique de gestion des déchets à une vraie gestion du cycle de vie des actifs IT.

1. Le débat sur le numérique responsable porte surtout sur les usages et les data centers, alors que la fabrication des équipements concentre la majorité des impacts. Selon vous, pourquoi la fin d'usage reste-t-elle le maillon le moins piloté dans les organisations ?

Je pense que le premier problème est assez simple, la fin de vie d’un équipement IT n’appartient vraiment à personne.

Au début de sa vie, tout est cadré. La DSI choisit le matériel, les achats négocient, la finance amortit, les équipes techniques l’exploitent et la maintenance est contractualisée.

Mais une fois le serveur débranché, tout devient beaucoup plus flou. Il peut passer entre la DSI, les achats, la cybersécurité, la RSE, les services généraux… et finir rapidement catalogué comme un déchet.

Pour moi, c’est là qu’on fait une erreur fondamentale. Un serveur qu’on débranche n’est pas forcément un déchet. C’est encore un actif.

Il peut être réemployé tel quel, reconditionné, revendu, servir de source de pièces détachées ou permettre de maintenir d’autres infrastructures en production pendant plusieurs années. Et seulement quand aucune de ces solutions n’est pertinente, il doit partir en recyclage.

C’est exactement notre métier chez WeeeDoIT, intervenir avant que l’actif ne devienne un déchet. On audit, on efface les données, on anonymise, on teste, on valorise, on réemploie ce qui peut l’être et on recycle le reste.

Le vrai changement à faire est donc assez simple. Il faut arrêter de parler uniquement de gestion des déchets IT et commencer à parler de gestion du cycle de vie des actifs IT.

2. Quand une organisation vous contacte pour la première fois, à quel moment du cycle de vie le fait-elle le plus souvent ? Et quelles décisions, prises trois ou quatre ans plus tôt, déterminent déjà ce que l'on pourra faire du matériel ?

Le plus souvent, on nous appelle trop tard.

Le renouvellement est déjà décidé, le datacenter doit être vidé, les machines sont en cours de décommissionnement et parfois, quand on arrive, tout est déjà débranché et posé sur palette.

Et là, notre première question est : qu’est-ce qu’il y a réellement dans les machines ?

Parce qu’un modèle seul ne veut pas dire grand-chose.

Prenez deux serveurs identiques extérieurement. L’un peut avoir deux gros processeurs, beaucoup de RAM, des SSD NVMe et des cartes réseau récentes. L’autre peut avoir une configuration très basique. La valeur peut être complètement différente.

Même chose sur une baie de stockage. Le nombre et le type de disques, les contrôleurs, les extensions, les licences etc.. Peuvent énormément changer sa valeur.

Plus on a d’informations sur un équipement, plus on sait ce qu’on peut en faire et mieux on peut le valoriser.

Il y a aussi un point que les entreprises anticipent encore trop peu, la méthode d’effacement des données.

Sur certaines baies de stockage, on peut utiliser les fonctions natives du constructeur pour effacer les données et remettre la machine en configuration usine. On sécurise les données tout en conservant l’OS et licences nécessaire pour redémarrer et réutiliser la baie.

À l’inverse, si on retire systématiquement tous les disques pour les effacer individuellement avec Blancco, BitRaser ou un autre soft, on va supprimer toutes les données mais aussi les softwares et licences indispensables au fonctionnement de la baie. Et là, on peut perdre une grosse partie de sa valeur de réemploi.

Le bon effacement n’est donc pas seulement celui qui sécurise les données. C’est aussi celui qui permet, lorsque c’est possible, de conserver le potentiel de réemploi du matériel.

Donc oui, l’ITAD se prépare plusieurs années avant la sortie du matériel.

Garder un inventaire propre, connaître les configurations, conserver les informations utiles et réfléchir à la méthode d’effacement avant le décommissionnement, ça change énormément de choses.

Plus vous connaissez l’histoire de votre matériel, plus vous avez d’options le jour où vous voulez vous en séparer.

3. Le marché du reconditionné s'est structuré côté grand public. Côté entreprises, qu'est-ce qui freine encore l'achat de matériel reconditionné ? Et qu'as-tu vu fonctionner pour lever ces réticences ?

Pour moi, le principal frein n’est pas le matériel. C’est la peur du risque.

Une DSI ne cherche pas simplement un serveur moins cher. Elle veut savoir exactement ce qu’elle achète, si la configuration est conforme, si la machine a été correctement testée, si elle pourra retrouver une pièce dans deux ans et surtout qui elle appelle si son équipement tombe en panne.

C’est là que le reconditionné B2B est très différent du marché grand public.

Chez WeeeDoIT, on travaille uniquement sur des équipements qui sont sortis du catalogue constructeur (EOL – End Of Life) mais qui répondent encore parfaitement aux besoins des clients : serveurs, baies de stockage, équipements réseau…

Le matériel peut avoir 5, 7 ou 10 ans ou plus et continuer à remplir parfaitement sa fonction.

Mais pour qu’un client entreprise l’accepte, il faut mettre derrière le même niveau de professionnalisme que sur du neuf : configuration précise, tests complets, traçabilité, garantie, stock de pièces détachées et, si nécessaire, une maintenance avec engagement de SLA  J+1 ou GTI 4 heures, même sur des équipements EOL ou EOSL.

Et il y a aussi un point que l’on oublie souvent, c’est l’emballage.

Un serveur peut être parfaitement testé et reconditionné, si on l’expédie dans un carton mal adapté ou sans protection suffisante, tout le travail réalisé en amont peut être réduit à néant.

L’emballage, la protection contre les chocs, la palettisation et les conditions de transport font complètement partie du processus de reconditionnement.

Quand le client reçoit son matériel, il doit avoir l’impression de recevoir un équipement professionnel, pas une machine d’occasion sortie d’un entrepôt.

Il faut aussi arrêter de présenter le reconditionné uniquement comme une solution moins chère mais comme une alternative aux solutions des constructeurs.

Par exemple, vous avez 50 serveurs d’une génération donnée et vous devez en ajouter cinq ? Pourquoi changer toute l’architecture simplement parce que le constructeur ne commercialise plus cette génération ?

Vous avez une baie de stockage en production et un composant devient indisponible chez le constructeur ? Le marché secondaire peut permettre de la maintenir plusieurs années supplémentaires et d’étendre les capacités de stockage.

Le reconditionné n’est donc pas seulement une alternative au neuf. C’est aussi un moyen de prolonger intelligemment la durée de vie des infrastructures existantes, tout en gardant un niveau de service professionnel.

4. La crainte d'une fuite de données fait souvent pencher vers la destruction plutôt que vers le réemploi. Comment se construit concrètement la confiance dans l'effacement sécurisé ? Et que faudrait-il pour que la destruction physique cesse d'être le réflexe par défaut ?

C’est probablement l’un des sujets les plus importants de notre métier.

Et il faut être très clair, un client ne doit jamais croire sur parole quand on lui dit que ses données ont été effacées, il faut lui apporter une preuve !

On doit pouvoir suivre un support depuis sa prise en charge jusqu’au résultat final. De son identification, qui l’a pris en charge, où il a été stocké, quelle méthode d’effacement a été utilisée, si l’opération a réussi et quel certificat correspond à ce support.

C’est ça, une vraie chaîne de traçabilité.

Chez WeeeDoIT, nous utilisons notamment BitRaser ou Blancco. Et quand le niveau de sécurité demandé est important, nous pouvons aussi intervenir directement chez le client. Les disques sont effacés sur place et les données ne quittent donc jamais le site client avant traitement.

Il faut également arrêter de penser qu’un disque dur, un SSD ou un support chiffré se traitent exactement de la même manière. La méthode doit être adaptée au support et au niveau de sécurité attendu.

Bien sûr, la destruction physique restera indispensable dans certains cas comme pour les disque HS, les supports inaccessible, exigences spécifiques du client ou données particulièrement sensibles.

Mais elle ne devrait plus être le réflexe systématique.

Parce qu’à partir du moment où l’on sait démontrer qu’un support a été correctement effacé, sécurité des données et réemploi ne sont absolument pas incompatibles

5. Entre les normes de traitement (WEEELABEX, R2…), les standards d'effacement et les certificats que vous délivrez, comment une organisation non experte peut-elle distinguer une filière sérieuse d'une promesse de façade ?

Je donnerais un conseil très simple, ne regardez pas seulement les logos sur le site internet du prestataire.

Une certification est importante. Mais encore faut-il savoir ce qu’elle couvre, sur quel site et pour quelles opérations.

WEEELABEX, R2, les normes européennes de traitement des DEEE, les standards d’effacement… tout cela crée évidemment un cadre.

Mais le client doit surtout être capable de poser des questions très simples à son prestataire.

Où sera traité mon matériel ?
Qu’est-il devenu ?
Qui l’a traité ?
Quels disques ont été effacés ?
Lesquels ont été détruits ?
Quels équipements ont été réemployés ?
Et où est parti le reste ?

Si personne n’est capable de répondre clairement à ces questions, il y a un problème.

Un certificat d’effacement doit correspondre à un support identifié, avec une date, une méthode et un résultat. Même chose pour une destruction.

Chez WeeeDoIT, on essaie justement d’aller plus loin : documenter le devenir du matériel et mesurer également, lorsque c’est pertinent, l’impact carbone évité grâce au réemploi.

Au final, dans l’ITAD, la traçabilité vaut beaucoup plus qu’une belle promesse commerciale.

  • Dans les trois prochaines années (réglementation européenne, tension sur les métaux critiques, allongement des durées d'amortissement), qu'est-ce qui va le plus transformer le métier de l'ITAD ? Et quel serait, pour toi, le signe que le secteur a vraiment basculé ?
  • Pour moi, le gros changement est déjà en train de commencer.

    L’ITAD va arrêter d’être uniquement le métier qui gère les vieux équipements à la fin de leur vie.

    On va de plus en plus gérer leur valeur résiduelle, leur traçabilité et leur seconde vie.

    La réglementation européenne pousse clairement vers davantage d’informations sur les produits, leur réparabilité, leur réemploi, leur reconditionnement et leur recyclage.

    En parallèle, l’accès aux matières premières et aux métaux critiques devient un sujet de plus en plus stratégique.

    Mécaniquement, cela va donner davantage d’importance au matériel déjà en circulation mais il faut rester pragmatique.

    Je ne suis pas de ceux qui disent qu’il faut absolument garder tous les équipements dix ou quinze ans. Sur certains matériels très énergivores, passer à une génération plus récente peut avoir du sens.

    Il faut regarder le cycle de vie complet, le besoin réel du client et l’usage de la machine. Il ne faut pas tomber dans une opposition simpliste entre neuf et reconditionné.

    Pour moi, le jour où le marché aura vraiment changé sera très facile à identifier :

    Une entreprise achètera un serveur en réfléchissant déjà à la manière dont elle le fera sortir de son parc cinq ou sept ans plus tard.

    Elle connaîtra sa durée d’utilisation cible, sa valeur résiduelle, sa stratégie de maintenance, sa méthode d’effacement et son potentiel de réemploi.

    Et surtout, la destruction deviendra l’exception et non plus la solution de facilité.

    À ce moment-là, l’ITAD ne sera plus la dernière case du cycle de vie d’un équipement et mail il commencera dès le premier jour.

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