Illustration obsolescence programmée

Solutions et pistes préconisées

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2.1 Une démarche globale : l’économie de fonctionnalité


L'allongement de la durée de vie des équipements doit passer par un changement de modèle économique qui peut s'opérer via la mise en place d'une économie de fonctionnalités.

Face à la recrudescence des besoins en TIC au sein des entreprises et à la technicité toujours plus accrue des équipements, les professionnels se retrouvent à gérer parfois de façon irrationnelle leur matériel électrique et électronique. Il est donc nécessaire de réinventer les modes de gestion des biens matériels des entreprises afin de rationaliser leur consommation énergétique et technologique tout en préservant leur compétitivité économique ; et bien sûr d’allonger la durée de vie des équipements. Ceci laisse à penser que les solutions sont à chercher aussi bien dans le développement des modèles économiques des fabricants ou des distributeurs que dans les comportements des utilisateurs.

Dans ce cas, l’allongement de la durée de vie active des équipements peut-être effectif lorsque le producteur est également le détenteur de l’équipement : équipement dont il loue les usages et les services. Il en est donc, au regard de la loi, seul responsable légal et financier de la fin de vie. En parallèle, il réduit les risques liés à son image environnementale ou liés à sa capacité à gérer ses produits en fin de vie, puisque intégrés à sa stratégie commerciale. Dans le monde professionnel, « l’usage » existe déjà, notamment en ce qui concerne les copieurs professionnels, où la prestation vendue s’apparente à un nombre de pages imprimées plutôt qu’à la vente exclusive d’un équipement.

Dans le texte qui suit, nous vous proposons 13 solutions organisées en fonction du « détenteur » tout au long du cycle de vie de l’équipement : fabricant, distributeur, loueur, utilisateur, etc.

2.2 Solutions côté fournisseurs

Fabricants
1. Allongement de la durée de garantie. 
Obliger les constructeurs à fournir une garantie (et le service de maintenance associé) de 5 à 7 ans. 
  • Cette préconisation est déjà prise en compte par le critère 4.4.1.1 du standard IEEE 1680.1-2009 qui exige 3 ans d’extension de garantie (en plus de la garantie standard).

2. Réparabilité
L’allongement de la durée de garantie n’est possible que si l’équipement est conçu pour être réparable facilement et que les pièces détachées sont disponibles au minimum pendant toute la durée de garantie. 
  • Cette préconisation est déjà prise en compte par le critère 4.4.2.2 du standard IEEE 1680.1-2009 qui exige la disponibilité des pièces détachées pendant moins 5 ans.

3. Open Hardware
La disponibilité des spécifications techniques détaillées du matériel permet à d’autres acteurs que le fabricant de proposer des contrats de garantie / maintenance après la fin de garantie constructeur. 
  • Exiger des fabricants l’ouverture des spécifications techniques des équipements dès qu’ils ne les commercialisent et ne maintiennent plus.
Loueurs
Les loueurs génèrent une grosse partie de leur marge sur les add-on en cours de contrat ainsi que sur la revente du matériel repris chez les clients en fin de contrat. Ils participent donc à l’allongement de la durée de vie en reconditionnant et en revendant le matériel d’occasion. Dans une optique où l’utilisateur n’est plus propriétaire du produit mais de son usage, il n’a plus la main sur la fin de vie des équipements. Il doit néanmoins rester vigilant. C’est au loueur de s’enquérir de la fin de vie des équipements, en proposant des solutions de deuxième vie conformes à la législation environnementale qui promeut la réutilisation des produits, selon la hiérarchisation des modes de traitement des Déchets d’Equipements Electriques et Electroniques (DEEE). 

4. Allonger la durée de la location financière
Dans les grandes entreprises et administrations, le parc de postes de travail et d’imprimantes est souvent loué auprès de « leasers ». Seuls les serveurs et les équipements réseaux appartiennent en propre à l’organisation. Or, les sociétés de leasing se limitent à 36, voir 48 mois maximum pour la durée de leur location. Avec une base à 24 mois. 
  • Obliger les loueurs à fournir des contrats de location de plus de 4 à 6 ans.

/!\ Le reconditionnement en deuxième vie ne doit pas se soustraire aux critères législatifs en matière de traçabilité de traitement ou d’export. Les circuits de deuxième vie font l’objet d’une attention toute particulière puisque la réutilisation n’élude pas la question de la fin de vie responsable des équipements « pro ». La gestion contrôlée de la deuxième puis de la fin de vie, doit garantir la qualité des modes de dépollution et de traitement, pour favoriser la protection de l’environnement et la valorisation des matériaux nécessaires à la conception de nouveaux équipements. Aux loueurs de s’en préoccuper, et aux utilisateurs d’y veiller en choisissant leurs prestataires.
Editeurs de logiciels
5. Supporter plus longtemps les anciennes versions de logiciels
Comment nous l’avons démontré dans la première partie de ce document, la puissance informatique nécessaire à l’exécution d’un logiciel double (ou triple selon les éditeurs) à chaque nouvelle version. Et une nouvelle version apparaît en moyenne tous les 2 ans. Il faut donc inciter les éditeurs propriétaires et open source à : 
  • Laisser en libre téléchargement plus longtemps les anciennes versions de leurs logiciels, 
  • Supporter plus longtemps les anciennes versions de plates-formes, notamment de système d’exploitation.

6. Privilégier les logiciels ouverts
Comme nous l’avons démontré dans la première partie de cet article, les besoins des logiciels en ressources informatiques ne cessent d’augmenter. Ils participent activement à accélérer l’obsolescence des équipements informatiques. D’autant que les éditeurs de logiciels propriétaires limitent arbitrairement la durée de support technique. Les entreprises sont donc contraintes de migrer vers une nouvelle version (pour bénéficier d’un support technique) qui déclenche une migration matérielle.
  • Reverser les logiciels propriétaires dans le domaine public (ouverture du code source) pour permettre à des tiers de continuer à assurer leur maintenance. On peut imaginer un modèle identique à celui du droit d’auteur français (les œuvres tombent dans le domaine public après x années).

2.3 Solutions côté utilisateurs

Administrateurs système
7. Inciter à l’entretien de la couche applicative
Au-delà du phénomène d’obésiciel et même si les logiciels ne s’usent pas mécaniquement, il est nécessaire d’entretenir le système d’exploitation pour éviter qu’il ne ralentisse.  
  • Mettre en place des solutions de maintenance du système pour limiter le sentiment de lenteur des plate-formes.
Directeurs Informatiques
8. Aider les DSI à intégrer les coûts cachés du renouvellement dans le calcul du TCO
Les responsables informatiques calculent parfois le coût total de possession (TCO en anglais) de leurs équipements. Ce calcul intègre les coûts d’acquisition (matériel, licences des logiciels, service, etc.) et de fonctionnement (maintenance, mise à jour, etc.) sur la durée de vie. Les responsables informatiques n’intègrent à leur TCO que trop rarement les coûts cachés liés au renouvellement des équipements :  évaluation et conception des nouveaux postes de travail, migration, pertes de données, perte de productivité, chômage technique des utilisateurs, coût de traitement des DEEE, etc. 
  • Intégrer tous les coûts liés au renouvellement dans le calcul du TCO  
  • Développer un simulateur financier et technique permettant aux DSI d’arbitrer entre allongement de la durée de vie active des équipements existants et renouvellement. Cet outil doit notamment permettent de simuler les économies réalisables et de justifier à la direction (financière et DSI) que le PC est toujours performant par rapport au besoin réel.
Acheteurs
9. Donner du poids à l’upgradabilité dans les appels d’offre
La facilité de mise à jour matérielle des postes de travail (notamment mémoire vive) est critique pour pousser les entreprises à allonger la durée de vie active de leurs équipements. Il est donc essentiel de pousser les acheteurs à prêter une attention particulière aux critères optionnels 4.4.1, 4.4.2 et 4.4.3 du standard IEEE 1680.1-2009 
  • Ajouter les exigences 4.4.1, 4.4.2, 4.4.3 d’IEEE 1680.1-2009 comme critères éliminatoires dans les appels d’offre.

10. Intégrer la gestion des DEEE dès l’achat. 
La prise en compte de la fin de vie des équipements électriques et électroniques dans l’ensemble de leur cycle de vie est une donnée à intégrer dans le calcul du TCO. En fin de vie, la gestion des DEEE n’est pas forcément une priorité pour les entreprises. Pourtant, les DEEE peuvent vite se retrouver comme étant une charge logistique et réglementaire pour l’entreprise qui en détient. Prendre en compte la fin de vie de ses équipements dès l’acte d’achat, en négociant directement avec son fournisseur la reprise de ses DEEE, est une solution qui réduit grandement cette charge. Cette solution est appuyée par les pouvoirs publics par le Décret n° 2012-617 du 2 mai 2012, relatif à la gestion des déchets de piles et accumulateurs et d'équipements électriques et électroniques. Il oblige le producteur à proposer une solution de reprise, dès l’achat.
  • Intégrer le coût de la fin de vie dans le calcul du TCO dès les travaux préparatoires à l’achat
Gestionnaire du parc
11. Favoriser l’architecture client-léger
Avec l'arrivée du cloud computing, la présence de connexion internet de plus en plus fiable, il est également possible de faire fonctionner les matériels existants en mode Terminal. Ce mode permet d'utiliser encore plus longtemps les matériels existants, jusqu'à leur vraie fin de vie électronique et non à cause de l'arrivée sur le marché de la dernière version du système d'exploitation ou du logiciel qui pourrait nécessiter le changement du PC alors qu'il fonctionne encore.
  • Transformer les postes de travail en terminaux (client-léger)

2.4 Pouvoirs publics


12. Diminuer le seuil plancher d’amortissement
Le plancher distinguant les fournitures des investissements à amortir est situé à 500 euros. Ce plancher était judicieux il y a 10 ans. Il ne l’est plus aujourd’hui. Avec la chute du prix des ordinateurs, écrans et autres smartphones voir première partie de ce document), la majorité des équipements informatiques sont considérés aujourd’hui comme des fournitures « jetables ». Il suffirait d’abaisser ce plancher (en dessous de 350 euros) pour obliger les entreprises à amortir tous leurs équipements informatiques, notamment leurs écrans et ordinateurs de bureau.
  • Abaisser le seuil plancher distinguant amortissement et fournitures

13. Communiquer auprès des entreprises
Les pouvoirs publics ont la responsabilité de poser un cadre législatif cohérent, répondant aux attentes des entreprises. C'est-à-dire qu’ils doivent se faire le relais mais aussi le catalyseur des bonnes pratiques à faire admettre en entreprise. Antérieurement assujettis à la taxe professionnelle, les équipements sont désormais hors champs de la récente contribution CET. Il n’y a donc plus d’intérêt à se séparer ou remplacer les équipements encore en état de fonctionner. La durée de vie des équipements n’est définitivement plus astreinte à leur durée d’amortissement mais bien à leur état de fonctionnement. Ce qui a terme impactera durablement sur la durée de vie des équipements. Pas encore rentrée dans les mœurs des entreprises, cette pratique doit être démocratisée avec l’appui des pouvoirs publics par le biais d’une communication nationale.
  • Mener une campagne de sensibilisation auprès des entreprises, par exemple lors de la semaine de réduction des déchets
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